1-Madame la Ministre, la définition actuelle du « marchand de journaux » (je préfère l’appellation « Libraire-presse ») dans la loi sur les heures d’ouverture ne reflète plus la réalité de notre métier. Nous avons eu l’occasion d’en discuter ensemble. Quelles mesures comptez-vous prendre pour actualiser et renforcer la reconnaissance officielle du métier de Libraire-presse ?
Le Conseil des ministres du 18 juillet 2025 a approuvé sur ma proposition, un avant-projet de loi modifiant la loi du 10 novembre 2006 relative aux heures d’ouverture dans le commerce, l’artisanat et les services. Cet avant-projet vise les marchands de journaux comme suit :
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Les unités d’établissement qui répondent aux conditions cumulatives suivantes : |
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a) la vente de journaux, hebdomadaires et mensuels constitue une offre de minimum 200 titres différents avec une date de publication actuelle, en ce compris les deux derniers numéros de publication et, b) l’espace réservé à l’exposition des journaux, hebdomadaires et mensuels ainsi qu’aux livres, à la papeterie, carterie et aux produits de la Loterie Nationale et paris sportifs ainsi que l’espace réservé au stockage des produits de tabac et accessoires, des cigarettes électroniques et des produits dérives à base de nicotine est de minimum 50% par rapport à la surface commerciale nette totale ; |
Cette nouvelle définition a été établie en concertation avec les fédérations représentatives du secteur.
2- Les libraires-presse sont lourdement impactés par les accises élevées sur le tabac, qui poussent une partie des clients vers le marché parallèle ou frontalier. Nos commissions chutent à chaque augmentation et sont devenues quasi nulles. Envisagez-vous une concertation avec le secteur pour trouver un équilibre qui protège à la fois la santé publique et la viabilité économique de nos commerces ? Et en cas de nouvelles hausses de la fiscalité, d’alertez l’équipe gouvernementale sur l’urgence de modifier son mécanisme afin de ne plus avoir de retombées négatives sur les revenus des libraires-presse ?
La consommation sur le tabac constitue un enjeu important de santé publique.
C’est pourquoi l’Accord de gouvernement prévoit notamment de développer « une politique anti-tabac globale et forte en rendant le tabagisme et le vapotage moins attractif et moins accessible » et indique « qu’il est important, en plus des produits du tabac classiques, de tenir compte des nouvelles variantes et alternatives lors des modifications des accises. »
Cependant, il est important d’évaluer l’impact d’une augmentation sur les marges des revendeurs. Pour ma part, il me semble que les décisions politiques doivent être prises à l’aune d’un équilibre entre les enjeux de santé publique d’une part, et les enjeux économiques des petits commerçants nationaux d’autre part : en cas de nouvelles hausses des accises sur le tabac, je ne manquerai pas d’alerter le Gouvernement quant à l’impact pour les libraires.
3- Chaque année, des librairies ferment leurs portes, contribuant à la désertification des quartiers et villages. Envisagez-vous un dispositif de soutien spécifiques pour préserver ce réseau de commerces de proximité indispensable au lien social ?
Je tiens à rappeler que depuis le 1er avril 2025, les commerces de plus de 400 m² ne peuvent plus vendre de produits de tabac : cette mesure (prise par l’ancien Gouvernement) constitue un avantage pour les petits commerces.
Comme évoqué précédemment, la nouvelle définition des magasins de journaux qui bénéficient d’une exception aux heures de fermeture et qui peuvent ouvrir 24 heures sur 24 heures, permettra de distinguer aisément les faux des vrais magasins de journaux.
Pour le surplus, je suis pleinement consciente des difficultés que rencontre le secteur des librairies-presse indépendantes.
C’est pourquoi, je reste à l’écoute de votre secteur et je suis disposée à examiner les mesures de soutien que vous proposerez. Dans le cadre de mes compétences, je consulte régulièrement le CSIPME sur les matières qui les impliquent directement et indirectement, ainsi que les autorités régionales, compétentes dans la revitalisation des centres-villes. Votre secteur, que j’ai toujours soutenu, revêt en effet une importance économique, mais aussi et surtout sociétale.
4- De nombreux libraires approchent de l’âge de la retraite sans repreneur. Envisagez-vous un plan de soutien à la transmission de ces commerces, afin que le métier ne disparaisse pas avec une génération ?
Trop d’entreprises disparaissent quand leur dirigeant part à la retraite. Non pas faute de rentabilité, mais à cause d’obstacles juridiques, fiscaux ou humains. Or, avec le vieillissement de la population, la question de la transmission devient plus urgente que jamais.
C’est une priorité que nous portons au niveau européen.
Par ailleurs, les Régions, compétentes en la matière, ont mis en place de nombreux dispositifs pour soutenir la transmission. Ils mériteraient d’être plus connus car ils sont très efficaces. Je cite par exemple le « Transmiscore » de Wallonie Entreprendre, qui permet d’évaluer le niveau de préparation d’une société à la transmission, ou encore à la plate-forme « Affaires à suivre » qui propose des commerces à la reprise, en Wallonie et à Bruxelles.
5- En matière de simplification, sur quoi voulez-vous travailler en priorité ?
La simplification est en effet une de mes priorités de législature. 55 % des entrepreneurs pointent la lourdeur administrative comme principal obstacle à leur travail. C’est inaudible pour moi.
C’est pourquoi je vais venir avec un important volet simplification administrative dans mon Plan PME qui est en préparation. Objectif : zéro paperasse inutile pour full services.
Je veux prendre des mesures de bon sens et impactantes, qui permettent aux entrepreneurs de travailler et non de passer leurs journées à appeler leur Guichet d’entreprise, leur caisse d’assurance sociale, l’administration… Le principe du « only once », il y a longtemps qu’on en parle mais à un moment, il faut y arriver.
Avec nos services et administrations, nous avons listé 186 mesures de simplification que nous allons mettre en œuvre progressivement. Une première salve de mesures se trouve dans mon Plan PME actuellement sur la table du Gouvernement.
Interview Walter Agosti