Jean-Philippe Tondeur

Directeur – Administrateur délégué chez Tondeur Diffusion

 

 

 

Monsieur Tondeur, merci de nous retracer l’histoire de Tondeur diffusion et nous présenter la société ?

Le document le plus ancien connu de B. Tondeur et Cie, est un reçu signé par mon grand-père en juillet 1926. Il a été trouvé par un employé de l’AMP sur le site de vente Delcampe !

Tondeur Diffusion, appellation adoptée en 1988, aura donc bientôt 100 ans ! Au départ, l’activité était la vente de « Journaux de Mode Artistiques », aux couturières professionnelles.

En 1950, Aenne Burda nous ayant confié ses périodiques de mode grand public, nous avons commencé à fournir le réseau des libraires-presse, puis en 1960, celui des merceries et des marchands de tissus avec les patrons de mode.

Depuis 1992, nous avons aussi un département merchandising, auquel Nickel a fait appel pour servir les librairies-presse, comme vous le découvrirez bientôt.

En 1996, avec la reprise de la SPRL Soumillion (Emile Soumillion avait été l’associé de Benoît Tondeur de 1934 à 1944), nous avons étendu notre distribution aux magazines, essentiellement français, de toutes catégories.

Nous avons maintenant un large portefeuille de titres à haute valeur ajoutée.

Enfin, en 2016, nous nous sommes lancés dans le livre et nous nous y renforçons constamment.

Nous restons cependant une PME familiale de 50 personnes.

 Vous avez décidé de prendre votre retraite.  Quels ont été les moments clés de votre carrière ?

 Je ne prends pas ma retraite ! Je me retire progressivement…

Lorsque j’ai succédé à mon père en 1983, j’ai été amené à réorganiser la société : restructuration, déménagement, informatisation, ouverture de succursales à Liège, Namur et Mons, rachats d’une douzaine d’entreprises, diversifications, …

J’ai aussi dû faire face au géant international qu’était Lagardère, alors propriétaire de l’AMP et de PressShop, et qui n’hésitait pas à user des moyens de pression dont il disposait.

Vous cédez les rênes à votre fille Coline voudriez-vous nous la présentez ?

Ma fille a 36 ans. Elle est ingénieur commercial et a eu différentes expériences professionnelles avant de me rejoindre, il y aura déjà 10 ans en juin.

C’est maintenant vers elle que tout le monde se tourne en interne pour trouver une solution à un problème, et elle y parvient grâce à son intelligence et sa patience.

À son tour, elle entreprend une réorganisation de la société : amélioration des procédures, digitalisation, etc.

Quelle a été la tendance des ventes de la presse en 2022 chez Tondeur diffusion ?

Notre chiffre d’affaires presse est resté égal (+0,05%) à celui de 2021, de plus, les MLP ont décidé de renforcer notre collaboration en 2023 en nous confiant de nombreux titres qui étaient distribués par l’AMP. Vision Presse a reçu la liste de ceux qui sont en cours de transfert. D’autres encore seront partagées lors des prochaines semaines.

Vous vous êtes aussi profilé comme un nouveau distributeur de livre. Comment cela évolue-t-il ?

Au moment où nous avons repris l’activité de la SDLC, celle-ci tombait en déliquescence à la suite de la mauvaise gestion du précédent management. Il a fallu reconstruire en repartant de presque rien.

Nous sommes devenus le grossiste livre des libraires-presse qui reçoivent de nous des offices de livres avec leurs livraisons de magazines, livres que nous rappelons après 3 mois pour simplifier leur gestion et assurer une rotation.

Ils peuvent aussi commander chez nous les livres de tous les distributeurs sans avoir à ouvrir de comptes chez ceux-ci. Nous sommes aussi le principal distributeur de livres anglais.

Tondeur Diffusion est également le distributeur exclusif de Calligram (Max et Lili), de la collection « Je réussis », de « Jourdan », de « Boîte à Pandore », ainsi que de nombreux autres éditeurs.

L’ensemble de notre département livres représente un tiers de notre chiffre d’affaires (3 millions sur 9).

Quelle sont, selon-vous, les perspectives de la vente de la presse en 2023 ?

Les menaces sont nombreuses : de nombreux libraires-presse cherchent en vain à remettre ; plusieurs chaînes abandonnent ou réduisent leur activité presse ; beaucoup d’éditeurs, surtout français, sont en difficulté.

Toujours moins de titres exposés dans toujours moins de points de vente, et dès lors toujours moins de vente, cela a pour conséquence que de nombreux titres cessent de paraître…

Il faudra, chaque jour davantage, faire preuve de plus d’ingéniosité pour maintenir les charges à un niveau toujours inférieur à celui de revenus en constante réduction. Cela passe par une solidarité du secteur dans la recherche de solutions pour maintenir la vente de la presse, qui nous fait vivre depuis toujours, le plus longtemps possible au niveau le plus haut possible.

 

Interview Walter Agosti